Témoignage : Julien, ce motard qui refuse de faire de l’interfile

Il est 9h30 lorsque Julien franchit la porte de la rédaction de Bornews. Visage caché par son casque, de peur d’être ensuite reconnu par nos journalistes adeptes de deux-roues, il se dirige vers notre salle de réunion. Nous avons décidé d’échanger avec cet individu à la suite d’une surprenante rencontre dont il nous rappelle les circonstances :

« C’était un mardi soir. Il devait être 17h20. J’attendais patiemment sur ma Yamaha (le modèle n’est pas cité pour protéger notre témoin) dans la file du milieu. La rocade était bouchée à cause de trois accidents sur le Pont d’Aquitaine. J’ai entendu quelqu’un qui m’appelait sur ma droite, depuis la fenêtre de sa voiture. » Julien vient de croiser le regard de l’un de nos journalistes spécialisés dans la caramélisation des cannelés.

« Plusieurs tentatives » en 3 ans

« J’ai eu mon permis en mars 2014 et j’ai acheté ma moto deux semaines plus tard. J’ai voulu passer mon permis car plusieurs collègues m’ont dit qu’ils mettaient 2 fois de temps que moi pour aller au travail. » Nous lui demandons quel trajet effectue-t-il quotidiennement : « J’habite chez ma mère à Caudéran et travaille à Villenave-d’Ornon. Je fais ce trajet tous les jours. »

Nous lui demandons alors pourquoi n’effectue-t-il pas d’interfile comme tous les autres deux-roues : « J’ai peur. J’ai fait plusieurs tentatives depuis que j’ai mon permis mais à chaque fois, j’ai failli toucher un rétroviseur. Quand ils me voient arriver, les automobilistes s’écartent. Puis, au bout d’une trentaine de secondes, me cherchent dans leurs angles morts avant de me trouver derrière eux. »

Choqué par des accidents d’interfile

Interloqués par ce comportement, nous poursuivons :

« Vous ne faites donc pas d’interfile sur les Boulevards non plus ?
– Non ! C’est beaucoup plus effrayant. Un matin, à cause de travaux sur la piste cyclable, j’ai vu un vélo remonter une file de voitures par le centre, au niveau de la Barrière Judaïque.
– Que s’est-il passé ?
– Il touché une portière avec son guidon. J’ai eu très peur pour lui. »

Des insultes des autres motards

« Pourquoi conservez-vous votre casque bien que cette interview n’est pas filmée ?
– J’ai vu quelques motos devant votre bâtiment. Je ne voulais pas être la cible de nouvelles représailles.
– Quel genre de représailles ?
– Quand les motards se croisent, il se saluent. Quand ils me dépassent en interfile, j’ai droit à des doigts d’honneur. Chez moi, j’ai retrouvé un mot sur ma moto. Il était écrit « Reprends en voiture, tu nous fais honte ». Un de mes voisins sait qui je suis. Un autre pilote m’a déjà donné un coup dans mon casque un jeudi soir. »

« De belles rencontres »

Ce comportement a toutefois de bons côtés : « J’ai fait de belles rencontres. Quasiment tous les soirs, je retrouve, dans les bouchons de la rocade, les mêmes automobilistes avec qui je me suis lié d’amitié. Nous prenons de nos nouvelles entre deux passages de première (vitesse, ndlr). En 2015, j’ai rencontré ma copine dans ces circonstances. Elle a passé son permis moto l’an dernier et elle est devenue interfileuse (sic). »